Ethnodrame haïtien : formation des comédiens et expérimentation du commun

© Lou Hérion

Contexte de la collaboration : Au sein de l’Ecole Supérieur d’Acteurs (ESACT) du Conservatoire Royal de Liège/domaine Théâtre, les rapports entre ritualité vaudou et performance théâtrale sont travaillés depuis 2010 par le Pr P. Varasso dans le cadre d’un projet pédagogique de coopération culturelle soutenu par Wallonie-Bruxelles Internationale (WBI).

Ce travail avec les étudiants-acteurs est sous-tendu par l’idée ou l’hypothèse que le vaudou comprend « des pratiques expressives entretenant une profonde familiarité avec les arts dramatiques ». Il a mené au développement d’exercices de théâtre spécifiques, appelés « ethnodrames », qui font l’objet d’une réflexion au sein du projet de coopération culturelle, notamment en termes d’apport pour la formation professionnelle des comédiens.

Depuis mai 2015, la Maison des Sciences de l’Homme, sous l’égide de Rachel Brahy et en collaboration avec le Pr Véronique Servais (Anthropologie de la communication, ISHS-ULg) accompagne ce processus de recherche dans le cadre d’un laboratoire d’expertises croisées.

Question de recherche/objectif : cette recherche interroge la dynamique du rituel et celle de la construction du commun dans des exercices de théâtre. Elle met en relation et compare le rituel et le théâtre, en faisant appel aux notions de « dispositif d’enchantement » (1), de « commun » et de « créativité ». Celles-ci permettent de saisir et d’analyser, à la fois, la préparation et la création des dispositions, l’expérience des acteurs/participants, les dispositifs de contraintes qui produisent l’expérience, ainsi que le rapport au corps et aux émotions qui les caractérisent. Les dimensions idéologiques et le rapport au spectateur ne sont actuellement pas explorés.

Le but du présent laboratoire est d’instruire les pratiques et les connaissances relatives à la construction du commun dans le domaine théâtral. Pour la discipline anthropologique, il s’agit aussi de mieux comprendre les processus d’enchantement tels qu’ils se produisent en dehors du domaine religieux.

La MSH présentera une synthèse de ses analyses dans un rapport qui sera remis à l’ESACT à l’issue du programme WBI en 2017. Par ailleurs, elle soutient des propositions de mémoires/stages pour les étudiants en anthropologie (M1 ou M2) qui viserait (directement ou indirectement) à instruire l’hypothèse du parallélisme entre, d’une part, pratique du rituel vaudou et, d’autre part, pratique d’une théâtralité authentique.

Experts accompagnants : Rachel Brahy (Coordinatrice scientifique MSH), Pr Véronique Servais (Anthropologie de la communication, ISHS-ULg) et Pr Pietro Varasso (ESACT). En plus de l’implication de ces trois chercheurs-enseignants, ce processus de recherche bénéficie du support d’Arnaud Halloy, anthropologue spécialiste du rituel et du candomblé brésilien (religion sœur du vaudou haïtien) et responsable de la section d’Ethnologie à l’Université de Nice, France.

 

(1) Halloy, Arnaud, & Servais, Véronique, 2013. « Divinités incarnées et dauphins télépathes: Ethnographie de deux dispositifs d’enchantement. » In P.-L., Colon (Ed.), Rencontres sensorielles : approches sociologiques et anthropologiques des sens, Petra, pp. 257-304